 |
|
ADAT cp.190 stn "A" Ottawa K1N 8V2 COURRIEL; meritqc@adat.ca |
|
 |
|

Un travailleur au noir demande à être arrêté
Le Droit - Vendredi 15 janvier 1993 - Denis Gratton
Un travailleur
de la construction du Québec a demandé à être
emprisonné, hier, parce qu'il refuse de payer 1800
$ d'amendes qu'il a reçues pour avoir travaillé
sur un chantier de construction sans avoir suivi
un cours obligatoire de sécurité.
Trois mandats
d'arrestation avaient été émis contre David
Giroux. Ce dernier a donc allégé le travail des
agents de la Sûreté du Québec en se rendant à la
police accompagné de quelques membres des
Travailleurs québécois illégaux de la construction
(TQIC) et une meute de journalistes de la
région.M. Giroux, qui est menuisier depuis 1967, a
agit ainsi en si- gne d'appui aux travailleurs
illégaux qui dénoncent les «mesures tyranniques de
la Commission de la construction du Québec (CCQ)».
«La CCQ m'a imposé trois amendes pour la simple
raison que je n'ai pas suivi un cours de sécurité
qu'un enfant de quatre ans pourrait réussir sans
difficulté», a dit M. Giroux, assis au restaurant
où il avait convié la presse.
«On m'a dit que si je ne payais pas, je serais
emprisonné pour 82 jours. Pourtant, je n'ai pas
travaillé pour voler qui que ce soit. J'ai
travaillé pour élever mes trois enfants», a-t-il
poursuivi.
«Il n'est pas question que je paye un sous à la
CCQ. Je vais aller en prison!» a-t-il lancé, avant
de prendre le chemin de la prison de Hull,
accompagné du cortège médiatique.
Les portes barrées
Une fois sur les lieux, David Giroux a salué
ses amis pour une dernière fois, a fait un signe
de la main aux caméras de télévision et... s'est
buté aux portes verrouillées de la prison.Après
quelques minutes, un employé du centre de
détention est sorti pour expliquer à M. Giroux
qu'un prisonnier doit d'abord être arrêté par un
corps policier avant d'être admis derrière les
barreaux. N'entre pas qui veut à la prison de
Hull!Le cortège a repris la route vers les bureaux
administratifs de la SQ où David Giroux a été
arrêté en bonne et due forme. Il a été transporté
à la prison de Hull vers 15 h 30, hier.
Travailleurs
illégaux
L'instigateur de ce cirque médiatique, le
porte-parole des TQIC, Jocelyn Dumais, a
profité de la situation pour déplorer les
agissements de la CCQ qui distribue les amendes
aux «travailleurs au noir» et à ceux qui ont leur
carte, comme David Giroux, mais qui doivent suivre
des cours inutiles.
«On ne réclame pas l'abolition des cartes de
compétence, a-t-il expliqué. On demande simplement que la compétence et
l'expérience d'un travailleur soient reconnues. Certains travailleurs
de la construction ne peuvent même pas comprendre les termes utilisés dans
certains examens de la CCQ. Donc ils échouent et perdent leur carte de compétence;
ils ne peuvent plus travailler sur les chantiers
du Québec. Pourtant, dans la plupart des cas, ils
sont les meilleurs dans le métier qu'ils
exercent».
M. Dumais a ajouté que les TQIC réclament
l'abolition des barrières interprovinciales dans
le domaine de la construction.«Certains vont dire
que les travailleurs ontarien viendront voler nos
emplois. On a seulement à être plus compétents si
on craint la compétition. Les Américains n'ont pas
empêché l'importation de voitures japonaises. Ils
ont plutôt amélioré leur produit», a conclu
l'entre- preneur.
ILLUSTRATION
Morin, Étienne
André Giroux, à
gauche, s'est buté aux portes closes de la prison de Hull où un gardien est venu
lui dire qu'on n'y entre pas sans d'abord avoir été arrêté par la police.
|
|
|