
Le travail au noir retient l'attention du Sommet de la construction
Le Droit - 30 octobre 1993
Jules Richer
L'APCHQ rêve d'un
«virage au blanc»> La lutte
contre le travail au noir a finalement réussi à
rallier les participants du Sommet de la
construction, qui se terminait hier à Dorval, en
banlieue de Montréal.
Campés dans leurs positions, les participants
n'avaient pas réussi jusqu'alors à dégager de
consensus sur aucun des points majeurs à l'ordre
du jour.
Deux propositions, une répressive et l'autre
incitative, ont été adoptées à l'unanimité pour
combattre le travail au noir. Un comité comprenant
tous les membres de l'industrie sera également mis
sur pied pour tenter de régler la totalité du
problème.
En somme, le message de Jocelyn Dumais, de
l'Association pour le droit au travail, n'a pas
passé. Celui-ci a d'ailleurs été expulsé manu
militari du sommet par un groupe de syndiqués au
cours de la matinée d'hier.
M. Dumais a été cerné dans un couloir par une
vingtaine d'hommes bien bâtis, juste après qu'il
eut tenté de présenter une bande vidéo montrant
l'arrestation d'un homme de Gatineau surpris à
effectuer du travail au noir. Bousculé et
invectivé une scène dont
LeDroit a été témoin -, M. Dumais a été
poussé dans un ascenseur où on lui a alors dit de
ne plus remettre les pieds dans la salle du
sommet. Vu «l'instance», il a obéi.
Dans une entrevue réalisée plus tard, M. Dumais
a dénoncé la «pourriture et la cochonnerie» du
système. Selon lui, son expulsion prouve que les
syndicats sont à la solde de la Commission de la
construction du Québec (CCQ).
Répression ou discipline?
La première proposition pour tenter d'enrayer
le travail au noir a été présentée par la CSN. La
centrale a reçu l'appui du sommet pour inciter
Québec à donner davantage de pouvoirs aux
inspecteurs de la CCQ afin d'épingler les
contrevenants et de stopper immédiatement le
travail sur un chantier qui n'est pas en
règle.Gérard Larose, président de la CSN, a
soutenu que ces mesures «n'en appelaient pas à la
répression mais à la discipline».
Pour ne pas être de reste, les entrepreneurs
ont aussi présenté leur résolution. À la
suggestion de l'Association des constructeurs
d'habitation (APCHQ), le gouvernement devrait
mettre sur pied un système de crédits d'impôt pour
certains travaux (rénovations et construction de
maisons de 120 000 $ ou moins). Il suffirait de
faire la preuve qu'ils ont été exécutés par des
ouvriers qualifiés pour obtenir les crédits qui
atteindraient 10 % de la valeur totale des
travaux.
«Pour que le programme atteigne le point de
rentabilité, il suffirait que 20 à 25 % des
travaux actuellement effectués au noir virent au
blanc», a noté l'APCHQ dans sa présentation.
À la fin du sommet, le ministre du Travail,
Normand Cherry, a expliqué qu'il allait tenter de
vendre le programme à ses collègues ministres,
sans bien sûr prendre d'engagement quant date
d'entrée en vigueur.
Quant à l'autre proposition, M. Cherry a semblé
la rejeter en disant qu'il existait déjà des
mesures réglementaires permettant d'augmenter la
surveillance sur les chantiers.
Des consensus
M. Cherry estime que l'expérience du sommet est
réussie. Elle a permis, d'après lui, de rassembler
autour d'une table des personnes qui ne s'étaient
pas parlées depuis des années, puis à dégager des
consensus.
«La grande gagnante du sommet, c'est l'image de
l'industrie de la construction. C'est un signal
que l'industrie a besoin de donner à l'ensemble de
l'activité économique au Québec: nous sommes prêts
à avoir une approche nouvelle et nous sommes prêts
à nous associer», a-t-il souligné.
Les syndicats ont également chanté les louanges
de ce grand forum qui réunissait 400 personnes.
«Nous avons réalisé un travail important, pas
seulement par des consensus formels mais aussi par
la dynamique qui s'y est établie», a dit Gérald
Larose, de la CSN.
Quelques voix discordantes ont cependant
retenti. «Au chapitre des relations de travail, il
ne s'est absolument rien passé, rien a changé.
Pourquoi y a-t-il du travail au noir? C'est quoi
la source? C'est le système actuel de
réglementation», a souligné Omer Rousseau, de
l'Association des entrepreneurs en construction du
Québec.
ILLUSTRATION
Jocelyn
Dumais, de l'Association pour le droit
au travail, que l'on voit ici devant le chantier
d'une maison construite par des travailleurs au
noir, a été expulsé du Sommet de la construction
par des syndiqués qui lui ont conseillé de ne pas
remettre les pieds dans la salle.
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