
Cinq mille travailleurs
Cinq mille travailleurs pourraient être
touchés
Le Droit - Samedi 24 décembre 1994
Pierre Jury
Quatre ou
cinq mille travailleurs de l'Outaouais seront
affectés par le projet de loi 46 sur la
construction au Québec, selon Jocelyn
Dumais, de l'Association pour le droit
au travail.
Le projet de loi du gouvernement du Québec,
déposé par Louise Harel, le 8 décembre, chambarde
le milieu de la construction, surtout le secteur
résidentiel, en y ramenant le port des certificats
de compétence. Le document de la ministre d'État à
la Concertation et ministre de l'Emploi redonne
aussi des dents à la Commission de la construction
du Québec, organisme de régie provincial.
«Je ne sais pas s'il était justifié de modifier
la loi 142. Par ce projet de loi, on semble
vouloir regagner l'appui des syndicats en leur
permettant d'exploiter leurs anciennes sources de
revenu. On ne regarde pas aux intérêts des
travailleurs», a commenté M. Dumais, souvent fort
critique de l'implication de l'État dans le
secteur de la construction.
«Le projet a du bon et du mauvais. Cela
dépendra des négociations sectorielles après les
Fêtes», a qualifié Maurice Gravel, du chapitre
Outaouais de l'Association professionnelle des
constructeurs d'habitation du Québec.
Sylvio Desrivières, de l'Association de la
construction de l'Outaouais, y a vu plusieurs
aspects positifs et plusieurs négatifs. Ce qui a
semblé davantage le chatouiller, «c'est le
perpétuel renouveau que l'on crée dans le domaine
de la construction.
«Chez les avocats ou les ingénieurs, on ne
bouleverse pas constamment les règles du jeu!»
Depuis 1968, l'industrie de la construction a
fait l'objet de 55 interventions gouvernementales,
dont 30 lois et 25 décrets ou arrêtés en conseil.
Quant aux accords bilatéraux avec l'Ontario,
ils sont protégés, a souligné la ministre.
Cependant, les quelque 400 travailleurs
ontariens qui traversent à chaque jour la rivière
des Outaouais pour oeuvrer dans des chantiers
résidentiels québécois devront dorénavant se munir
de la carte de compétence.
Avant la loi 142, ils étaient inadmissibles.
Depuis la loi 142, ils étaient libres de fouler
tout chantier résidentiel, c'est-à-dire tout
édifice neuf de six étages ou moins à 85 %
résidentiel, ou tout building de huit étages ou
moins en rénovation.
Pour acquérir leur carte, ils devront donc
répondre aux mêmes exigences - coûts, preuve
d'expérience - que les Québécois. Un principe qu'a
appuyé M. Desrivières : «On ne devrait pas traiter
ses voisins mieux que ses propres résidants.»
Pour M. Dumais, cette nouvelle réglementation
équivaut «à une barrière presque invisible mais
claire. On ne veut pas de vous!» Il s'attend à ce
que l'Ontario réplique à cette mesure.
En ayant pour effet d'enrayer le travail au
noir, la loi 142 espérait par là provoquer une
baisse des prix des propriétés de 10 %. Cela ne
s'est pas produit.
«Mais la ministre ne dit pas que durant la même
année, les coûts des matériaux ont connu une
hausse de 30 à 40 %», a nuancé M. Desrivières.
«L'économie attendue de 3500 $ ou 4000 $ s'est
plutôt métamorphosée en hausse équivalente», a
lancé en écho M. Gravel.
Quant aux autres dispositions du projet de loi,
elles sont nombreuses et parfois complexes. Les
travailleurs disposeront d'une année pour s'y
conformer.
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