
Les ouvriers lèvent leur blocus au Casino
de Hull, mais ils promettent de revenir à la charge
Le Droit- 03 avril 1999 - JEAN-MICHEL GAUTHIER Ce n'est que partie remise
 Dans un geste théâtral, M. Dumais a
offert aux policiers de l'arrêter en échange de la liberté de ses
membres.
La police de Hull a accepté cette
proposition et a mis Jocelyn Dumais en état d'arrestation pour méfait
public.
Par solidarité
envers son leader, un manifestant a demandé aux policiers de l'arrêter aussi. Les
autres protestataires ont pu rentrer à la maison avec la promesse
qu'aucune accusation ne serait portée contre eux.
Solution
pacifique:
«Nous cherchions une solution pacifique à la
crise.Nous avons accepté la proposition de M. Dumais parce que ce
dénouement nous permettait d'éviter un affrontement qui aurait pu faire
des blessés», a expliqué le lieutenant Yves Martel, de la police de
Hull.
Après deux jours de manifestation au Casino de Hull, les
travailleurs de la construction sans cartes ont levé leurs barricades, Ils
menacent cependant de bloquer tous les ponts entre le Québec et l'Ontario,
mardi matin.
La centaine de membres de l'Association pour le droit
au travail (ADAT) qui bloquaient l'accès au Casino de Hull depuis jeudi
matin ont levé leurs barricades en fin d'après-midi, hier.
Le
président de l'ADAT, Jocelyn Dumais, a ordonné à ses hommes de plier
bagage vers 16 h 30, au moment où la police de Hull s'apprêtait à
intervenir en force et à arrêter tous les manifestants. «Je ne voulais pas
que mes hommes passent la fin de semaine en prison, a pour sa part indiqué
Jocelyn Dumais. Nous avons besoin qu'ils soient en pleine forme, mardi,
pour bloquer tous les ponts entre l'Ontario et le Québec, du Témiscamingue
à Hawkesbury», a ajouté le président de l'ADAT, avant d'être menotté et
conduit dans les cellules du poste de police de Hull.
Les
travailleurs ont chaudement applaudi le geste de leur leader, mais
plusieurs travailleurs étaient visiblement frustrés de voir la
manifestation prendre fin si abruptement.
«C'est comme si nous
abandonnions la partie», a laissé tomber Gilles Sauvé fils, qui avait
presque les larmes aux yeux.
«Nous avons crié pendant deux jours
que nous ne bougerions pas d'ici avant que le gouvernement nous écoute.
Nous avons l'air de quoi maintenant», s'est demandé M. Sauvé.
Les
membres de l'ADAT réclament du gouvernement québécois l'abolition du
système de cartes de compétences pour la région de l'Outaouais. Les
manifestants sont des travailleurs qui gagnent leur vie sur des chantiers
de construction en Ontario, où les règles sont plus souples. Ils demandes
au gouvernement de déclarer l'Outaouais «zone tampon», ce qui leur
permettrait de travailler au Québec même s'ils ne possèdent pas leurs
cartes de compétence.
«C'est inacceptable que notre gouvernement
ne nous permette pas de gagner notre vie chez nous», a sans cesse répété
Jocelyn Dumais, hier.
Selon le président de l'ADAT, les
travailleurs sans cartes de compétence viennent de prouver au premier
ministre Lucien Bouchard qu'ils sont déterminés à se battre pour leurs
droits. «Nous avons bloqué le Casino de Hull pendant deux jours. Le
gouvernement sera maintenant plus attentif à nos revendications. Il sait
que nous sommes sérieux. En tout cas, nous allons le lui prouver en
bloquant tous les ponts», croit M. Dumais.
Cette décision,
toutefois, ne semble pas rallier tous les membres de l'ADAT. Certains ne
se sont pas gênés pour critiquer ouvertement cette stratégie, qui devrait
provoquer des bouchons monstres dans la région d'Ottawa-Hull.
Jouer avec le feu
«Ce n'est pas correct de prendre la
population en otage. Les gens vont nous haïr et le gouvernement va continuer à
nous ignorer», a crié un travailleur pendant un des discours de Jocelyn Dumais. Le
président de l'ADAT est bien conscient que son association joue avec le
feu. «En bloquant le Casino, on ne faisait pas de mal à personne. Dans le
fond, on rendait même service à la population en empêchant les assistés
sociaux de dépenser tout leur chèque du mois. Mais nous croyons qu'après
deux jours de manifestation, les gens ont compris que nous ne sommes que
des travailleurs qui réclament le droit de travailler chez eux», a fait
valoir M. Dumais.
Mais la grogne commençait déjà à se faire
sentir, hier, chez les commerçants du boulevard de la Carrière. Les
ardeurs des manifestants, plutôt calmes la veille, ont forcé la police de
Hull a fermer le boulevard de la Carrière les rues Montclair et
Edmonton.
Le supermarché Super-C, la Société des alcools du Québec
et le Réno-Dépôt, notamment, ont vu très peu de clients franchir leurs
portes pour un Vendredi saint.
«Plusieurs commerçants nous ont
téléphoné pour se plaindre qu'ils perdaient de l'argent. Ils nous ont dit
que les longs détours ont découragé plusieurs automobilistes», a indiqué
le lieutenant Yves Martel. Le casino, quant à lui, a finalement pu rouvrir ses portes
vers 18 h.
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