L'Association pour le droit au travail
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analphabete


Construction: deux plaintes de discrimination
Le droit, vendredi 5 mai 2000,
Jury, Pierre

Travailleur de la construction et analphabète, Jean-Claude avait un double obstacle avant de pouvoir travailler au Québec, sa province natale. Pendant longtemps il lui était impossible d'obtenir sa carte de compétence de la Commission de la construction du Québec: maintenant que les règles ont changé, c'est son incapacité à lire un texte même simple qui se dresse devant lui. Cet homme dans la quarantaine, qui a accepté de parler sous condition d'anonymat, a finalement accepté de déposer une plainte devant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, à l'invitation de Jocelyn Dumais et son Association pour le droit au travail (ADAT). Finalement, une seconde plainte a aussi été déposée en février dernier. À la Commission, Pierre Des Chênes s'est limité à dire, dans ces dossiers, que la cause était "en phase de médiation" entre la CCQ et l'ADAT.

Le motif qui est invoqué est la discrimination sur la base de la condition sociale. "Le cas classique d'une telle discrimination est le prestataire d'aide sociale qui se voit refuser un logement justement parce qu'il n'a pas de revenus autres que l'aide de l'État, a expliqué M. Des Chênes. Mais la notion est beaucoup plus large."

M. Dumais, qui est devenu le défenseur des travailleurs de la construction sans permis de travail au Québec, a embrassé ces dossiers parce que ces deux hommes sont particulièrement démunis devant la CCQ. Non seulement n'ont-ils pas leur carte de compétence, mais ils ne peuvent les obtenir par les voies normales parce que leurs connaissances de la langue écrite sont trop faibles. Jean-Claude, qui a parlé brièvement au quotidien Le Droit, hier, a avoué "être gêné" d'avouer publiquement son incapacité à lire et comprendre un texte même simple. "J'aimerais bien ça mais je ne suis pas capable de lire", a confié ce spécialiste de la construction de fondations, comme M. Dumais.

Père de famille, ses enfants savent que le paternel ne peut les aider avec leurs devoirs. Il a pourtant été à l'école jusqu'à la 9e année.
Au travail, son patron lit les plans à sa place, place les marques et il s'occupe du reste. M. Dumais, qui l'a vu travailler depuis longtemps, croit même que "les travailleurs analphabètes font moins d'erreurs que les autres, font plus attention que les autres justement pour camoufler le fait qu'ils ne peuvent lire des plans. Pourtant, à voir le travail complété, on jurerait qu'ils ont lu les plans."

Jocelyn Dumais a rappelé que les organismes de lutte contre l'analphabétisme affirment qu'un Canadien sur cinq est analphabète, et que le taux, chez les francophones, atteint même 25 %. Plusieurs de ces analphabètes fonctionnels ont joint les rangs de la construction, comme le faisaient, à l'époque, des Néo-Canadiens de souche italienne ou portugaise, qui ne pouvaient bien maîtriser les langues officielles du pays, mais qui savaient faire le boulot.

Aujourd'hui, le Québec exige que ces travailleurs détiennent des cartes de compétence émises par la Commission de construction. Ceux-ci sont confrontés à obtenir un certificat d'équivalence, ou à retourner sur les bancs d'école d'un centre d'éducation aux adultes.
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